Le réalisateur bordelais Jean-Claude Cheyssial

Après avoir étudié le cinéma et la vidéo, il travaille à l’Archéoptérix de Toulouse aux cotés d’Armand Gatti.
Depuis une vingtaine d’années, parallèlement à son travail de réalisateur et de producteur, il participe activement à plusieurs formations universitaires, notamment à l’UFR Isic.

Alors que son film Mort en exil sort sur les écrans, le réalisateur bordelais Jean-Claude Cheyssial, dont les documentaires explorent le patrimoine et les traditions de populations du monde entier,  a accordé un long entretien aux les élèves du lycée Sud Medoc.  L’occasion de revenir sur ses attaches très fortes avec l’Afrique.

 

D’où vous vient l’envie de faire du cinéma?
Il y a 20 ans, j’ai fait un IUT de « Carrière sociale » où il y avait de nombreuses options, dont deux dans le cinéma. Cela m’a permis de découvrir le cinéma. Nous devions réaliser un film en 16 millimètres, mais c’est surtout à partir d’une passion que tout a commencé : celle d’un professeur pour le septième art. À l’époque il n’y avait pas d’école de cinéma, j’ai donc fait plusieurs stages.

Pourquoi vous êtes-vous orienté vers le documentaire plutôt que vers le cinéma de fiction ?
Je pense que ma formation sociale m’a fait aimer le contact avec les gens, connaître leur vie. Grâce à mon métier, j’ai pu rencontrer des gens de tous les environs, autant en Afrique qu’en Amazonie. Je trouve cela fantastique d’utiliser le documentaire pour faire des rencontres, raconter des histoires, et les faire partager.

Quels sont les conseils que vous donneriez en temps que réalisateur et enseignant?
Quand j’enseigne à l’Université, je répète toujours aux étudiants que l’on peut apprendre les bases techniques du cinéma. Mais ce qui ne s’apprend pas, c’est la manière dont on met en place, en tout cas dans le documentaire, une relation privilégiée avec les gens qui seront filmés bien avant de placer la caméra. Il faut des rapports affectifs, pour obtenir des confidences. Cela peut prendre beaucoup de temps. Pour Mechti, dernier combat, cela nous a pris presque neuf mois. On allait voir Mechti régulièrement dans sa petite chambre, sans caméra, pour pouvoir engager une relation de confiance. Ensuite seulement, nous pouvions commencer à filmer. Dès que le tournage commence, alors, c’est la cerise sur le gâteau. C’est tout le plaisir.

Quel est le tournage qui vous a le plus marqué?
Tous les tournages sont marquants, on a beau tout prévoir, il y a toujours des imprévus. De plus, en général, il n’y a pas beaucoup de moyens. Un réalisateur rêve toujours de trouver un producteur qui va lui permettre de faire le film tel qu’il le veut, mais en fin de compte, ce n’est jamais vrai. Je pense que le tournage qui m’a le plus marqué est celui que j’ai réalisé avec Mohammed Mechti, dans le premier film Mechti le dernier combat. Cela m’a pris cinq années de ma vie, et ça me manque. Le personnage était charismatique : j’ai rencontré un vieux monsieur qui pourrait être mon grand-père, qui m’a révélé un problème politique important. C’est enfin, le Maroc que j’ai découvert grâce à ce personnage.

Création du DVD « Mechti, le dernier combat » avec quatre bonus inédit.
À la suite du film « Indigènes », la loi de finance pour 2007, prévoyant la revalorisation des pensions
d’invalidité et des retraites du combattant a exclu de ce dispositif les pensions militaires de retraite
pour les anciens combattants des ex colonies françaises ayant accompli les plus longs services au sein
de l’armée.
En effet, en 2008, cinquante ans après le début du processus de décolonisation, les anciens
combattants « indigènes » ayant servi plus de quinze années au sein de l’armée française perçoivent
toujours une pension très inférieure à celle de leurs compagnons d’arme français.
Mechti fait partie de ceux-là…Il vit toujours dans un foyer Sonacotra en attendant en vain la
revalorisation de ses droits.
Le 22 octobre 2007, soixante recours ont été déposés auprès du Tribunal Administratif de Bordeaux
afin de faire cesser cette discrimination contraire à l’article 14 de la Convention Européenne des Droits
de l’Homme.
Le film documentaire « Mechti, le dernier combat » est sorti en novembre 2005, juste avant Indigènes
et a touché un public important. A Bordeaux, un collectif axé sur la décristallisation des pensions s’est
créé autour de juristes et d’associations sensibles comme la Ligue des Droits de l’Homme, la Cimade,
l’Institut de Défense des Etrangers.
La juriste Mouna Najy Lecucq est, avec le réalisateur Jean-Claude Cheyssial, à l’origine de la création
de ce collectif.
Le 8 Octobre 2008, le Tribunal Administratif de Bordeaux a rendu un jugement imposant au
gouvernement français l’égalité des pensions entre français et marocains.

Mort en exil, son dernier film sorti dans les salles début novembre

Le réalisateur y montre les derniers jours de Mohamed Mechti, un ancien combattant marocain qui s’est battu pour la France, de Monte Cassino aux guerres d’indépendance, et contraint de finir sa vie en exil à Bordeaux. Il était l’un des « indigènes » dont Rachid Bouchareb conte l’histoire dans le film du même nom. Au début du film, on découvre le vieil homme achetant un manteau, premier achat avec une pension décristallisée, c’est-à-dire alignée sur celles de ses compagnons d’armes français.

La mort du nonagénaire en janvier 2010, un mois après avoir touché sa retraite, a failli mettre un terme au tournage, mais le réalisateur a choisi de poursuivre son film en suivant Fatiha El Ayadi, une jeune Bordelaise. Devenue amie et « petite fille de coeur » de Mohamed Mechti, elle a été à la rencontre de sa famille au Maroc, dans la région de Meknès. La jeune femme, professeur d’histoire dans un collège, milite pour que ces anciens soldats de l’armée française retrouvent leurs droits et « intègrent les livres d’histoire ». Elle avait rencontré M. Mechti, après avoir vu le premier film de Jean-Claude Cheyssial, « Mechti le dernier combat » (2005), qui présentait l’injustice faite à ces hommes.

Sources

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